Test : Shenmue


Shenmue
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Note des joueurs :
4.8/5 - 16 notes
Note des platineurs :
4.8/5 - 12 notes

Shenmue

ps4


29 trophées au total
0 trophée caché

282 joueurs possèdent ce jeu

Platiné par : 130 joueurs (46 %)
100% par : 130 joueurs (46 %)
Note du jeu
13/20
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Test du jeu
Shenmue

  • Test rédigé par Fléau le 11-09-2018 - Modifié le 11-09-2018


Introduction


Le chef-d'œuvre sans succès.
シェンムー 一章 横須賀

En 1999, le territoire nippon connaît la sortie d'un phénomène qui donnera comme le besoin de posséder à tout prix une Dreamcast, pour se laisser à son tour posséder. En novembre 2000, les États-Unis connaissent le premier épisode d'une saga qui s'annonce d'ores et déjà culte. Puis, en décembre 2000, l'Europe accueille enfin le petit prodige sur son territoire.

À l'époque, jamais un jeu n'avait nécessité autant de fonds pour son développement et sa commercialisation. 47 millions de dollars... il faut comprendre qu'une telle somme injectée dans un support vidéoludique était très ambitieux, pour ne pas dire extrêmement risqué. Au début, les critiques adulant le jeu sont pléthore, et se laissent emporter par des graphismes qui enchantent le regard, une ambiance qui vous laisse vous glisser dans la banlieue japonaise sans histoires des années 80, et un scénario d'autant plus prenant qu'il nécessite une enquête de la part du joueur. Le "meilleur jeu de tous les temps" est même le label que des magazines lui attribuent sans la moindre hésitation.

Le monde s'apprête à recevoir un choc... mais non. Rien.

Les très faibles ventes ne révèlent ni plus ni moins qu'un échec commercial cuisant : un million d'exemplaires pour le premier opus dans le monde, dont la moitié sur les terres états-uniennes. Ce qui est bien en-deça des attentes des développeurs. La deuxième partie de la saga ne s'écoulera qu'à un peu plus de 100 000 exemplaires... C'est une véritable catastrophe, la totale incompréhension, et d'ailleurs la firme Sega ne se relèvera pas après la mort prématurée de la Dreamcast qui aura accompagné cette déroute de l'œuvre de Yu Suzuki.

Shenmue, ou l'exemple terrible de l'œuvre d'art du jeu vidéo qui n'aura jamais su trouver son public. Tout le monde en parle, oui, mais très peu l'achètent.

Cette saga, qui devait s'étendre sur plusieurs épisodes (7 jeux au départ, puis finalement 3), s'est essoufflée dans son envol. Peut-être la période n'était-elle pas propice à la sortie d'une telle œuvre. Peut-être la sortie des épisodes remasterisés permettra-t-elle une revanche de la part de Sega, au même titre que le jeune Ryo Hazuki vis-à-vis de son défunt père. La situation a-t-elle changé 18 ans plus tard ?

Ce que nous devons dire, par honnêteté intellectuelle ainsi que par simple lucidité, c'est que nous ne sommes pas en train d'effectuer un test d'un jeu de Dreamcast, comme si nous étions encore ces joueurs qui découvrent, en l'an 2000, les joies d'arpenter les rues d'un Yokosuka criant de vérité, alors même que nous n'y avons sans doute jamais été. Nous aurions pu proposer un test dans lequel les souvenirs fantasmés d'il y a 18 ans viendraient parasiter l'objectivité du jugement, et nous égosiller à affirmer qu'il s'agit d'un chef-d'œuvre, de la perfection dans sa quintessence, du meilleur jeu de tous les temps qui effectue son retour messianique.

L'eau de l'évolution technologique est bel et bien passée sous le pont des découvertes plus ou moins heureuses des jeux qui nous ont accompagnés tout au long de ces années. Nous sommes en 2018, les temps ont changé. Shenmue est resté quasiment le même, et là est justement tout le problème.

Contenu du jeu


Apprendre à ne rien faire... Nozomi : "Ryo, I looooove you !" Ryo : "I see. Have you seen any men in black suits ?"
Si le contenu de Shenmue pouvait paraître dantesque il y a 18 ans, il reste plus que convenable de nos jours. Aucun multijoueur, il s'agit d'une aventure en solo qui demandera à peu près une dizaine d'heures en ligne droite, si on ne s'occupe que des quêtes principales. Ces dernières sont plutôt longues, peu évidentes si on ne connaît pas le jeu, et si on tente l'aventure en se creusant un peu les méninges, sans vérifier la solution à tout bout de champ à la moindre frustration.

En revanche, il est vrai que la longueur de l'aventure est aussi liée à des longueurs dans le rythme du jeu, qui ne cesse de pencher soit vers l'enquête et la quête d'action ; soit vers une oisiveté imposée qui pourrait en surprendre plus d'un. Car nombreuses seront les fois où le joueur devra attendre qu'un magasin ouvre, qu'un personnage apparaisse à un endroit en particulier, qu'une mésaventure s'enclenche afin que l'aventure se poursuive. Ces problèmes de rythme, d'aucuns pourraient arguer qu'il en est de même dans la vie réelle. Certes. En tous les cas, l'histoire de Ryo Hazuki est parsemée de lenteurs et d'attentes dont l'appréciation sera laissée à l'individualité des joueurs. Si vous aimez prendre le temps de la découverte, l'enquête sera faite pour vous.

Mais si le défaut de nervosité dans le rythme vous agace, alors vous risquez bien de sentir une déception certaine.

Muni d'un bon guide, il sera possible au joueur de terminer l'aventure assez rapidement, mais ce serait passer à côté du propos même de l'œuvre. Shenmue n'est pas une fuite en avant qui vous laissera le souffle coupé. C'est un début de fable dont le rythme subit quelques accélérations ; mais rythme dans lequel les moments de repos, de contemplation vous seront imposés. C'est aussi une aventure qui vous enseigne à flâner, à ne rien faire en particulier. À prendre le temps pour vous.

D'ailleurs, il vous sera d'autant plus demandé d'être patient que l'aspect technique du portage remasterisé laisse clairement penser que les développeurs, sûrement par manque de moyens financiers, n'ont pas fait grand chose justement.

 

Note : 4/5

Aspect technique du jeu


"J'me sens pas très bien"
Car c'est précisément sur cet aspect technique que le bât blesse, ou plutôt vous revient en plein dans le visage. Nous aurions voulu conserver un aspect poétique au test, mais force est de constater que lors de votre aventure, vous allez lâcher à plusieurs reprises des "hein ?", et autres expressions whatthefuckesques.

Commençons par le positif. D'accord, il y a eu quelques petites évolutions "sympathiques" depuis l'an 2000 : les graphismes sont plus lisses, il y a beaucoup moins de scintillement sur la peau(-lygone) des personnages. Les temps de chargement sont beaucoup plus courts : quelques secondes à peine pour passer d'une zone à une autre. Ma foi, très bien. Avant, pendant les temps de chargement, on avait le temps d'aller moissonner les blés, de faire du pain plus que respectable et d'aller le vendre sur le marché chaque vendredi 13 de l'année. Maintenant on peut jouer sans se dire que la console s'est perdue dans les limbes d'une technologie fragile.

Ça, ce sera pour l'aspect positif.

En 2000, Shenmue était une claque graphique qui vous faisait tomber la mâchoire inférieure sur le parquet, ou le carrelage, c'est selon. Alors certes il y avait quelques bugs, mais on ne les voyait pas vraiment à l'époque. Et ce n'était pas si grave, vu justement le saut qualitatif que les développeurs avaient effectué au-dessus de tous les jeux de l'époque.

À présent, nous sommes en 2018. D'accord ce n'est pas un reboot, un remake, ou que sais-je encore comme terme anglais que tout le monde utilise mais que personne ne comprend ? Il s'agit d'un portage remasterisé, peut-être pour justement jouer sur la fibre nostalgique, ou pour montrer en un peu mieux ce que c'était comme jeu à l'époque. Mais justement, nous sommes en 2018. Si vous effectuez un portage un peu plus joli mais qui est bien davantage bugué que le jeu d'origine sorti 18 ans auparavant, c'est que nous avons un sérieux problème. Et ce n'est pas comme s'il y avait des pressions pour sortir un jeu vite fait en raison d'un planning ultra serré, mais qui sera corrigé par un patch de post-sortie faisant officie de mea culpa. Niveau "nous, on prend l'temps", nous avons affaire à des professionnels. C'est pourquoi l'excuse de la sortie prématurée ne fonctionne absolument pas en l'occurrence.

C'est simple, plus on avance dans l'histoire, et plus le jeu part en nouilles, ce que l'on pourrait éventuellement comprendre puisque le héros quitte son Japon natal pour se rendre en Chine. Le jeu est tellement bugué que j'ai eu peur que quelqu'un ait remplacé ma PS4 par ma Dreamcast. Petite liste pour le plaisir : les personnages qui apparaissent et disparaissent feraient mourir de jalousie Dan Aykroyd, les quêtes qui ne se lancent pas (coucou Vieille Dame de Sakuragaoka, où es-tu ?), le ronflement horrible qu'on entend dans tout Yamanose la nuit... ?!

Pas zéro, parce que c'est méchant. J'étais parti pour un 1/5 mais j'ai rajouté un point parce que t'es mignon. Ces nombreux bugs, surtout les plus récalcitrants, gâchent clairement et malheureusement une partie du plaisir à jouer.

 

Note : 2/5

Plaisir à jouer et à rejouer


"Moi avant l'travail, je fais toujours des courses de chariots-élévateurs sur les quais"
La découverte, ou redécouverte pour certaines et certains, de Shenmue est assez gâchée par une dimension technique qui perd le contrôle à mesure que l'on avance dans l'aventure. Nous ne parlons pas ici de simples bugs amusants, voire intrigants, comme le ciel qui se meut de façon très étrange lorsque l'on déplace la caméra, ou encore comme les chariots-élévateurs qui disparaissent lorsqu'on les klaxonne. Nous parlons bien de bugs qui rendent la jouabilité problématique. À titre d'exemple, un problème technique récurrent nous parvient en fin d'aventure : la vue FPS penchée. Alors attention, nous avons affaire à du jamais vu. Pour les plus chanceux d'entre nous, il est possible, une fois parvenu sur les docks, que la vue de dos par défaut se transforme en vue à la première personne légèrement basculée sur un côté. Soit dit en passant, il suffit de rentrer dans un commerce à proximité pour rétablir la vue normale. Bon.

Ces problèmes sont d'autant plus rédhibitoires que dans ce portage, qui aura attendu 18 ans pour passer de la Dreamcast à la PS4, contient une mise à jour qui fait buguer l'aventure même. Je pensais que les MAJ étaient là pour corriger les jeux, apparemment on m'aurait mal renseigné. Par exemple, une des toutes premières quêtes secondaires du jeu, celle qui consiste à aider la vieille dame de Sakuragaoka à trouver la maison de quelqu'un, peut vous faire défaut. La vieille dame peut ne pas apparaître à cause du patch correcteur, vous empêchant ainsi l'obtention du trophée (Argent) Boy-scout. D'ailleurs si cette embûche se dresse sur votre route, il suffit de supprimer la mise à jour via le menu principal de la console et de lancer le jeu sans la mise à jour.

Mais pour être tout à fait honnête, et sans rester dans une acidité malgré tout compréhensible, il faut reconnaître que le plaisir de redécouvrir Shenmue est bien réel. Il s'agit tout de même d'un jeu culte qui aura marqué un tournant dans l'histoire des jeux video modernes. Qui plus est, si on se prête vraiment au jeu de mener l'enquête pour comprendre les raisons de la mort du père de Ryo, il est fort possible de ne pas ressortir indemne de cette narration fort bien écrite au demeurant. D'accord, ce n'est pas parfait techniquement, mais l'aventure en vaut clairement la chandelle si on se laisse emporter par elle, sans se jeter sur un guide les moments où vous ne parvenez pas à trouver la solution. En revanche, avec un bon guide, il est à la portée de toutes et de tous d'arracher le platine au premier épisode en une dizaine d'heures.

 

Note : 3/5

Plaisir à faire les trophées, le Platine / 100%


Des trophées peu nombreux pour un platine très accessible.
Car en effet si le plaisir du jeu peut être en partie compromis par une technique peu maîtrisée, il n'en demeure pas moins que la quête du platine reste très accessible, et plutôt agréable à effectuer. Muni d'un bon guide, vous pourrez prendre plaisir à fouiner les rues de Yokosuka afin de savoir pourquoi Lan Di et ses hommes en costume noir sont venus jusqu'à votre résidence pour assassiner votre père. Vous pourrez prendre tout votre temps, ou au contraire rusher le jeu pour en obtenir l'intégralité des trophées en une seule partie d'une dizaine d'heures, à condition de faire bien attention aux nombreux trophées manquables qui, parfois, nécessiteront de votre part la conscience du bon timing au moment opportun.

Les trophées ne seront donc guère chronophages, et même la collection des petits jouets ne vous en demandera qu'une cinquantaine à collectionner, ce qui n'est pas bien difficile, et pas bien longs non plus compte tenu de la liste réelle des jouets que l'on peut collectionner en tout. Ces jouets n'apportent rien à l'aventure, si ce n'est la gratuité du geste, et le hasard à leur obtention pourra en énerver quelques uns, mais rien de bien méchant en perspective.

Les trophées sont donc plutôt simples à décrocher, mais attention au timing, ainsi qu'aux ultimes trophées de l'histoire principale. Si l'aventure commence dans une simplicité déconcertante au départ, la fin connaît quelques pics de difficulté qui ne sont aucunement insurmontables, mais qui risquent de vous surprendre. Serrez un peu les dents, battez les 70 hommes de Terry en utilisant le plus possible le fils de Master Chen, achevez Chai (distance, dodge + des projections bien senties, et ça ne sera plus que de l'histoire ancienne)... et à vous Hong Kong et ses mystères envoutants.

 

Note : 4/5

Contenu du jeu
Aspect technique du jeu
Plaisir à jouer et à rejouer
Plaisir à faire les trophées
13/20

Shenmue aura toujours été un anachronisme. Trop en avance sur son temps en 2000, les "happy few" de l'époque avaient tout de même de quoi se consoler en se disant que, eux au moins, avaient conscience de leur chance. Trop en retard de nos jours, l'équipe de Yu Suzuki n'aura pas pu bénéficier des moyens nécessaires pour que le génie de son créateur puisse se manifester et s'épanouir en une œuvre d'art. Le chef d'œuvre sans succès, donc.

Je recommande ce jeu :
Aux fans de la série, Aux curieux, Aux chasseurs de trophées/platine facile