Test : Layers of Fear


Layers of Fear
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Note des joueurs :
4.6/5 - 16 notes
Note des 100% :
4.4/5 - 9 notes

Layers of Fear

ps4


21 trophées au total
8 trophées cachés 1 DLC

420 joueurs possèdent ce jeu

100% par : 65 joueurs (15 %)
Note du jeu
16/20
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Test du jeu
Layers of Fear

  • Test rédigé par V-Phantomhive le 07-03-2016 - Modifié le 07-12-2016



Introduction


Layers of Fear, ou littéralement "Couches de Peur". Comme de juste.
"Tout portrait qui est peint avec passion est un portrait de l'artiste, non du modèle." (Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray)

Je comprends ce que tu dois ressentir. Perdu. Seul. Sans espoir. Tu le mérites probablement. Mais même pour toi, il y a encore un moyen... Un moyen de tout récupérer. La seule chose importante que tu aies désirée. Termine-la.

Par une pluie battante, vous vous éveillez dans le hall d'un manoir de style victorien. Dehors, il fait nuit. L'orage gronde. Cette demeure, encore inexplorée pour le moment, vous semble pourtant étrangement accueillante. Familière. Après quelques pas, vous découvrez des indices qui vous laissent à penser qu'une famille vit ici. Un enfant en bas âge, probablement une fille, si l'on en croit ses petits souliers. Une femme, suffisamment aimante pour avoir préparé un dîner à son mari accompagné d'un doux mot d'amour. Des domestiques, serviables, si l'on se réfère aux notes de service.

Soutenue par de solides armoires sculptées en bois, l'argenterie qui trône ici et là vous indique immédiatement que vous êtes dans une maison de bonne famille. Bourgeoise, presque aristocratique. Raffinée. Dans un tiroir, vous découvrez une coupure de presse mettant à l'honneur un peintre, visiblement novateur et réputé dans son milieu. Un peu plus loin, un autre journal relate le concert donné par une pianiste, talentueuse et admirée de tous. Sans trop savoir pourquoi, un léger sourire s'esquisse sur votre visage.

En poursuivant votre exploration, vous apercevez un billet accroché sur l'une des portes que vous n'aviez pas encore ouverte. Dessus, il est écrit "La clé de l'atelier se trouve à l'étage, sur votre bureau, Monsieur". Par curiosité autant que par intérêt, vous vous décidez à gravir l'escalier en quart tournant menant à cet étage. Sur le mur de gauche, différentes oeuvres d'art sont exposées, toutes saisissantes de réalisme. Pour un peu, c'est comme si elle vous regardaient. Craquant sous votre poids, l'escalier en bois vieilli par l'usure vous sort rapidement de vos pensées et vous fait prendre conscience que vous venez d'arriver à l'étage de la bâtisse. Rapidement, vous remarquez un piano dans l'un des coins de la pièce ; vous essayez d'en jouer, sans succès. Comme pour vous réprimander, son couvercle s'abat soudainement.

Derrière vous, un léger grincement se fait entendre. À peine inaudible, mais perceptible. Vous visualisez une porte entrouverte. N'était-elle pas fermée quand vous êtes arrivé ? Toujours intrigué par ce mystérieux atelier, vous décidez d'entrer dans cette nouvelle pièce en ayant l'intime conviction que vous y trouverez le bureau précédemment mentionné. Vous aviez raison. Plus proche d'une bibliothèque que d'un simple cabinet, ce nouvel espace regorge de livres en tous genres. La marque d'un homme érudit, sans doute. Vous remarquez rapidement le bureau et plus rapidement encore l'objet métallique posé dessus. La clé.

En sortant de la pièce, vous butez sur un objet ovale qui manque de vous faire trébucher. Abaissant votre regard, vous découvrez un ballon, trop petit pour être celui d'un garçon. Plutôt adapté à un enfant en bas âge. Après une attention toute relative, vous redescendez au rez-de-chaussée et pénétrez enfin dans l'atelier du peintre à l'aide de votre clé. Vous y découvrirez des amoncellements de pinceaux, cassés pour la plupart. Des résidus de couleur ornent le sol, sans raison apparente. Au milieu de la pièce, un chevalet préside l'espace. Une toile recouverte par une sorte de drap grisâtre attire votre attention. Vous vous en approchez puis soulevez le drap. La toile est vierge. Un profond sentiment de malaise vous envahit soudain. Alors que vous vous apprêtez à quitter la pièce, un message en lettres de sang gravé sur l'un des murs attire votre attention : Réussis-la, cette fois.

Contenu du jeu


Très court, le jeu propose néanmoins une histoire inspirée et aboutie en clair-obscur.
"Celui qui se veut tout puissant est l'esclave de sa propre démesure."

Développé par l'équipe polonaise de Bloober Team et adapté sur PlayStation 4 par Aspyr, Layers of Fear est un jeu d'horreur psychologique conçu à l'origine comme une courte expérience conversationnelle puis étoffé au fil des mois. Si de nombreux parallèles ont pu être légitimement effectués avec la démo P.T., le lien de parenté se rompt très vite dans la mesure où le titre dispose de sa propre histoire et de son propre univers.

Empreint de références au Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde (on pourrait également citer le Faust de Goëthe), le jeu vous place dans la peau d'un peintre à la poursuite de son Magnum Opus (littéralement "grand oeuvre"). Cette oeuvre voulue immarcescible est toutefois vierge lorsque le joueur la découvre pour la première fois : il lui appartiendra de l'achever si tant est que ce soit possible...

Comportant six chapitres homogènes, le jeu vous proposera donc de mener à bien le projet ultime du peintre que vous incarnez en récupérant un à un les éléments nécessaires à sa bonne conception : la toile, la peinture, la sous-couche, le pinceau, la touche et le témoin. Progressive, la descente aux enfers du peintre sera renforcée par l'altération croissante de son environnement à mesure qu'il s'enfonce dans les ténèbres de son esprit : à la différence de bon nombre de survival horror, le découpage sous forme de chapitres (ou plus exactement, d'étapes) est ici purement indicatif voire secondaire. Transversale, l'histoire délivrée ne peut être comprise que dans son intégralité : si chacun des chapitres fait un focus sur l'un des aspects de la vie du peintre et de ce qu'il a perdu par sa faute (telle étape est dédiée à sa femme tandis que telle autre est consacrée à sa fille, par exemple), l'ensemble demeure indivisible sur le plan scénaristique et doit ainsi être perçu comme un tout cohérent.

À la manière d'un musée interactif, le manoir du peintre offre un espace de jeu pluriel au joueur : à l'instar de P.T., chaque nouvelle pièce demandera des action différentes de votre part, allant de la simple lecture d'un document à la résolution d'énigmes. Le principe est simple : sitôt une porte franchie, celle-ci se referme automatiquement sans qu'il ne soit possible de revenir en arrière. Cette progression horizontale vous fera ainsi visiter une à une les pièces du manoir dans un ordre volontairement déstabilisant. Que la référence à P.T. ne vous induise pas en erreur : dans Layers of Fear, vous pourrez courir, ramasser des objets, éteindre ou allumer des lumières et même emprunter un ascenseur d'étage. Loin d'être aussi cloisonnée que la démo de Silent Hills, la demeure vous proposera d'explorer des couloirs tortueux, des chambres intimistes, des étages vertigineux et des caves oppressantes : elle ne partage avec son aînée que le process selon lequel aucun retour en arrière n'est possible et où chaque pièce diffère de la précédente.

Acteur et spectateur, le joueur évolue par conséquent dans un cadre en perpétuel changement jusqu'à atteindre son objectif final : récupérer le composant indispensable à la création de son Magnum Opus. Dès que ce dernier sera en possession, la prochaine salle dans laquelle le peintre débouchera sera immanquablement celle de son atelier ; après l'utilisation du constituant obtenu, vous repartirez pour une nouvelle étape (ou chapitre, si vous avez bien suivi) en quête du suivant, étape qui vous fera visiter des pièces nouvelles, différentes ou identiques jusqu'au nouveau composant. Malheureusement, cette damnation touche très vite à son terme : lors de votre première partie, comptez environ six heures pour découvrir la conclusion de Layers of Fear et à peine trois heures lors des suivantes.

 

Note : 2/5

Aspect technique du jeu


Un cran en deçà de la version PC, l'adaptation PS4 conserve une esthétique d'ensemble propice à l'immersion.
"Aucun artiste n'est jamais morbide. L'artiste peut tout exprimer."

Vectrice de sensations prééminente dans tous les jeux et plus fortement encore dans le genre du survival horror, la réalisation technique de Layers of Fear sur PlayStation 4 fait de très loin honneur aux oeuvres d'art qu'elle expose, malgré un évident déséquilibre vis-à-vis de sa version native sur PC.

Puisque nous traitons du domaine de l'art plastique, penchons-nous tout d'abord sur sa désinence visuelle et picturale. S'il ne pousse pas la console d'actuelle génération de Sony dans ses retranchements, le moteur graphique utilisé dans Layers of Fear parvient à remplir son office en immergeant le joueur dans une atmosphère saisissante et oppressante. L'ombre et la lumière, souvent fuyantes, se mêlent pour esquisser des formes évanescentes : un coup de tonnerre, un rideau soufflé par le vent et c'est un fantôme que le joueur croit voir. De l'obscurité d'une cave seulement balisée par quelques bougies à la coloration pastel d'une chambre d'enfant, le jeu se plaît à alterner les ambiances visuelles pour lénifier le joueur dans le même temps qu'il l'étreint. Fugitives, les perspectives propres aux grandes demeures contribuent elles aussi à étouffer un peu plus le joueur dans sa déambulation nocturne au point de lui faire douter de tout ce qu'il voit. Les croquis de rat, aussi inspirés que dérangeants, perturbent le joueur tout comme ils le fascinent ; et que dire des nombreuses oeuvres d'art criantes de réalisme ? Plus vraies que nature, ces dernières renforcent cette immersion de tous les instants et placent l'observateur in situ : hormis peut-être quelques problèmes d'éclairage et des ralentissements ponctuels liés au maniement de la caméra (fait compréhensible dans la mesure où l'agencement des pièces change pour ainsi dire en permanence), la direction artistique de LOF s'en tire dignement, même si les puristes préféreront sans doute y jouer sur PC pour profiter d'une résolution maximale.

L'autre grande force de Layers of Fear réside indéniablement dans son médium musical. Pour s'en convaincre, il ne suffit guère d'aller plus loin que le menu principal du jeu : là, une musique émolliente saisit le joueur par sa pureté et l'invite à ne pas démarrer tout de suite sa partie, tant elle se révèle mélodieuse et cristalline à l'oreille. Comportant relativement peu de pistes sonores, la soundtrack de Layers of Fear bénéficie toutefois d'une composition musicale réalisée presque intégralement au piano : les thèmes, mélancoliques, saisissent le joueur davantage qu'ils ne l'agressent. À la différence de bon nombre de survival horror qui jouent la carte de l'épouvante (c'est-à-dire un jumpscare mis en scène par une élévation brusque et soudaine de l'audio du jeu), la musique de LOF est beaucoup plus subtile : quelques notes de piano, une porte qui grince, les pleurs d'une femme, la pluie perlant sur les vitres et c'est plus qu'il n'en faut pour inviter le joueur à la prudence. Notez également qu'en dépit d'une quantité relativement faible de dialogues (ou plus exactement d'interventions orales), le soft nous gratifie d'un sous-titrage français intégral, qu'il s'agisse de l'audio à proprement parler ou des documents que vous trouverez ici et là. Une initiative louable au regard de la taille modeste du studio du développement et du prix de vente décent (19,99 euros).

Un mot enfin sur la maniabilité : limitée en raison des interactions réduites, celle-ci se résume pour l'essentiel à se déplacer, à ramasser des objets et à ouvrir des portes ; rien de bien compliqué en soi. Ni mauvaise ni bonne puisque relativement inexistante, toujours est-il que cette dernière apporte une petite subtilité supplémentaire : le peintre, boiteux de naissance, se déplace en claudiquant, si bien que sa course en est affectée : cette donnée est retranscrite à l'écran par un léger vacillement de la caméra sur le flanc droit en cas d'accélération, contribuant encore un peu plus au réalisme déjà prégnant du soft.

 

Note : 5/5

Plaisir à jouer et à rejouer


Cette ambiance !
"À l'homme qui veut faire de la vie un art, le cerveau tient lieu de coeur."

Si Layers of Fear pèche par sa durée de vie compendieuse, le jeu n'en demeure pas moins excellent de bout en bout, suffisamment en tous les cas pour inciter le joueur à relancer une partie sitôt sa précédente achevée.

C'est avant tout par son histoire que le soft nous séduit. Très loin du topos scénaristique visant à placer le joueur au sein d'un asile psychiatrique/d'une forêt/d'une ville dévastée en le confrontant à d'innombrables zombis, fantômes et créatures malfaisantes en tout genre, c'est un huis clos nettement plus intimiste qui nous est ici narré. Par ses références (notamment littéraires) comme par sa représentation, Layers of Fear met en abyme ce peintre maudit et nous donne à voir les ravages de ce que les Grecs appelaient l'hybris, à savoir ce sentiment violent inspiré des passions conduisant à la démesure et par suite à la perdition de son âme et de son esprit. Les lettres de sa femme et les dessins de sa fille sont autant d'indicateurs de ce "paradis perdu". Attachant mais alcoolique, talentueux mais névrosé, le peintre se révèle finalement très humain, faillible : c'est pour sa famille qu'il se consacre à son art mais c'est précisément par sa démesure artistique qu'il la perd.

Insidieux, ce maux de l'esprit est d'autant plus pervers qu'il flatte le génie du peintre en l'incitant à aller toujours plus loin dans ses excès : une fois la ligne rouge franchie, il n'est plus possible de revenir en arrière. Cette délectation morose sera matérialisée à l'écran par l'annihilation de la raison face à la folie : alors que le joueur commence le premier chapitre dans un manoir éclairé, structuré et bien entretenu, chaque nouvelle étape altèrera un peu plus les souvenirs de son esprit. Les objets seront progressivement renversés, les ampoules détruites, les peintures déformées et les manifestations surnaturelles de plus en plus présentes. Tout comme le portrait de Dorian Gray s'enlaidissait des crimes de son auteur, le manoir mémoriel du peintre subit lui aussi la corruption progressive de son auteur.

Par sa mise en scène, Layers of Fear déstabilise le joueur en lui faisant perdre ses repères à mesure qu'il s'enfonce dans les ténèbres de son esprit. À mille lieux d'une monstration crue et sanguinolente, les "monstres" de LOF sont d'autant plus dangereux qu'ils proviennent de l'esprit : on peut tuer un zombie en lui tirant dessus ou exorciser un démon par la conjuration adéquate, mais comment se défaire de ce qui terre dans notre conscience ? Toute la finesse de LOF réside dans ce renversement de l'action. Ce n'est pas tant le joueur qui explore le manoir que le manoir qui se joue de lui.

Pourtant, la rédemption est encore possible même pour ce peintre amphigourique : c'est ce à quoi le joueur pourra tendre à travers les trois fins différentes du jeu, une seule pouvant être qualifiée de "bonne".

 

Note : 5/5

Plaisir à faire les trophées, le Platine / 100%


Indispensables à la compréhension, les collectibles vous permettront de reconstituer les morceaux d'une époque surannée.
" Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien."

Étonnamment imputée de certaines breloques comparativement à son équivalence PC et Xbox One, la liste des trophées PlayStation 4 de Layers of Fear, visuellement très inspirée, révère l'essence même du jeu en nous invitant à en découvrir tous ses aspects.

Représentant environ 80% des récompenses totales, les collectibles vous permettront ainsi d'assembler les pièces d'un puzzle plus diffus qu'il n'y paraît. Pensés par et pour le jeu, ces derniers s'inscrivent directement dans la progression du joueur : photos de famille, lettres de son épouse, croquis... Toutes ces métadonnées seront nécessaires pour comprendre le jeu dans son intégralité. Cumulés d'une partie à l'autre et validés par la sélection de chapitre, ces objets seront bien vite obtenus à l'aide de la vidéo adéquate et n'entacheront en rien le plaisir du joueur.

Peut-être un peu plus le contraignant, le trophée Je sais ce que je veux est le seul qui doive retenir votre attention. Comme évoqué à la section précédente, le jeu dispose de trois fins différentes : une bonne, une normale et une mauvaise. Dans 90% des cas, vous obtiendrez la fin normale lors de votre première partie. Or, c'est l'une des deux autres fins qu'il vous faudra visionner (soit la bonne, soit la mauvaise) pour vous en emparer. Sans vous spoiler, disons simplement que la fin diffère selon les actions effectuées tout au long du jeu et selon la motivation première du joueur : déciderez-vous de revenir vers la raison (symbolisée par votre famille) ou vous perdrez-vous définitivement dans la folie pour terminer votre Magnum Opus ?

 

Note : 4/5

Contenu du jeu
Aspect technique du jeu
Plaisir à jouer et à rejouer
Plaisir à faire les trophées
16/20

Brillant. Quel que soit l'angle selon lequel on l'étudie, Layers of Fear ne peut que susciter l'adhésion. Ingénieux dans sa mise en scène et subtil dans l'horreur qu'il diffuse, le jeu de Bloober Team magnifie le genre du survival horror par sa narration inspirée et son saisissement de tous les instants. Seule sa durée de vie limitée l'empêche de se hisser encore un peu plus haut. La qualité y est, le prix aussi : si cet unique point noir ne vous semble pas rédhibitoire, foncez.

Je recommande ce jeu :
À tous