Test : The Sexy Brutale


The Sexy Brutale
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Note des joueurs :
4.7/5 - 11 notes
Note des platineurs :
4.8/5 - 12 notes

The Sexy Brutale

ps4


19 trophées au total
18 trophées cachés

193 joueurs possèdent ce jeu

Platiné par : 139 joueurs (72 %)
100% par : 139 joueurs (72 %)
Note du jeu
16/20
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Test du jeu
The Sexy Brutale

  • Test rédigé par Pelotedeneige le 11-05-2017 - Modifié le 11-05-2017



Introduction


C'est à vous, Lafcadio Boone, vieux prêtre, de mettre un terme au massacre perpétré dans le manoir / casino The Sexy Brutale.
"J'voudrais pas faire ma raclette mais la soirée s'annonce pas super" - Perceval de Galles

Il est de ces jeux qui attirent irrémédiablement l'oeil, que ce soit de par leur visuel, détonnant du paysage habituel, ou leur démarche alléchante en terme de concept comme de mécaniques. Développée par les créateurs du plus médiatique Rime, la production de l'indépendant Tequila Works, The Sexy Brutale, s'inscrit dans ce genre de proposition à travers son expérience bâtie autour de la résolution de meurtres énigmatiques dans un huis clos sous fond de manipulations temporelles et autres pouvoirs spéciaux, avec pour cadre un lieu où l'addiction et les excès se le disputent à l'extravagant.

Prisonnier d'un continuum espace-temps vicieux, vous endossez le rôle d'un vieux prêtre sommé par une drôle d'entité de mettre un terme aux meurtres des dix convives invités dans cet ancien manoir réaménagé en casino par son créateur, le Marquis, qui y organise un bal masqué. Pour les sauver d'une mort atroce, vous devrez compter sur vos capacités d'écoute, d'observation, de discrétion afin de lever le voile sur les secrets qui auréolent les personnalités hautes en couleur qui déambulent dans les couloirs et pouvoir ainsi leur porter secours. Votre réussite vous permettra de vous enfoncer plus en profondeur dans les entrailles de la bête pour parvenir jusqu'à son cœur détenant la vérité absolue.

A la manière d'un JRPG, vous gisez au sol dans un décor légèrement déformé et vacillant, vert bleuté, presque fantasmagorique, des boules de lumière scintillant pareilles à des lucioles, une petite mélopée venant doucement vous bercer. Mais le rêve va vite laisser place à la dure réalité, plus cauchemardesque. Réveillez-vous et levez-vous. Il est l'heure d'accomplir votre devoir. Les paris sont lancés. Les jeux sont faits. Rien ne va plus.

Contenu du jeu


Ne vous y trompez pas, malgré la pléthore d'activités qui se dégage de l'interface, sa complétion excédera à peine la demie-douzaine d'heures.
The Sexy Frugale

Comme le veut la structure des tests chez nous, entamons directement par les choses qui fâchent, ou plutôt qui tendent à décevoir. Malheureusement, The Sexy Brutale n'offre qu'une durée de vie très faible, certes variable d'un individu à un autre en fonction de ses capacités synaptiques, avec une rejouabilité inexistante. En effet, une fois les mystères résolus, entamer une nouvelle partie n'apporte rien puisque vous connaissez le déroulement de la journée, presque à la minute. Le titre propose bien quelques collectibles à dénicher (des invitations et des cartes à jouer d'un grand intérêt cela étant), pas véritablement retors mais qui peuvent nécessiter, parfois, un brin de recherche ou d'exploration un peu plus poussée. Il n'en demeure pas moins vrai que l'on fait vite le tour de la bâtisse et des secrets qu'elle recèle (compter six/sept heures pour tout découvrir), une frustration d'autant plus grande que le tour du propriétaire se révèle particulièrement plaisant, en dépit des actes perpétrés entre quatre murs.

Les développeurs auraient pu corser la chose en ajoutant un mode de difficulté supplémentaire par exemple qui aurait agrandi les chances de se faire occire par un masque adverse (nous y reviendrons) ou demander de compléter la trame en un nombre de jours prédéfinis sous peine de recommencer du début, poussant le possesseur de la manette à davantage de réflexion et de réactivité. Bien sûr, une telle initiative reste nulle et non avenue dans le cadre d'une seconde run mais pour démarrer une première partie, la démarche pouvait sembler intéressante. Utiliser le challenge comme moyen de prolonger les instants passés dans le manoir. Cela étant, les artisans assument le caractère fugace de l'expérience et ne tentent pas de gonfler artificiellement la durée de vie par l'emploi de subterfuges pouvant rendre leur projet répétitif et indigeste, contrairement à d'autres studios. Une attitude qui mérite d'être soulignée.

 

Note : 2/5

Aspect technique du jeu


Pas exempt de tout reproche, le titre affiche de solides finitions et jouit d'une patte artistique léchée et travaillée.
Au pal masqué

Le pitch de The Sexy Brutale repose grosso modo sur celui du film "Un jour sans fin". Votre héros se trouve coincé dans une boucle temporelle l'obligeant à revivre la même journée encore et encore jusqu'à ce qu'il parvienne à sauver les dix convives de la soirée, voués à une mort certaine. « Aidé » d'une évanescente acolyte rougeâtre aussi cryptique qu'elle inspire peu confiance, Lafcadio Boone (c'est son nom), invisible aux yeux de tous, n'a à sa disposition qu'un seul pouvoir, au début : celui de courber le temps. Au fur et à mesure des sauvetages, les rescapés lui confient chacun, en guise de remerciement, un masque destiné à étendre son champ des possibles en lui octroyant une capacité spéciale qu'il conserve par la suite. Crochetage de serrures, audition améliorée ou vision d'êtres éthérés figurent parmi la panoplie. Qu'il s'agisse d'un invité à secourir ou d'un binôme, tous sont exécutés à une heure bien précise, mentionnée en bas à droite de l'écran sur la montre à gousset affichant également l'écoulement inexorable du temps. A vous de visiter les pièces du manoir dans le but de découvrir comment l'assassinat est perpétré et comment le stopper.

Outre certains talents mystiques, il vous faut utiliser des objets à récupérer çà et là dans le château mais qui disparaissent de votre inventaire une fois la limite de minuit atteinte. Il devient donc nécessaire de calculer à la louche vos déplacements et itinéraires en vue de ne pas gâcher de précieuses minutes. Trajectoires d'autant plus importantes que vous ne pouvez rester dans la même pièce qu'un membre du personnel psychopathe ou qu'une future victime. En effet, leurs masques perçoivent la présence du vôtre et le pourchassent en vue de le détruire, ce qui vous contraint à fuir ou à vous cacher. Afin d'éviter de tels désagréments, il vous est possible d'espionner à travers le trou d'une serrure, d'utiliser votre loup comme indicateur visuel car il s'embrase et rougeoie à proximité d'une présence hostile, ou de consulter la carte qui marque les individus repérés préalablement et permet de visualiser leurs allées et venues en simulant un défilement du temps.

Casino royal

Qu'on se le dise, l'une des grandes forces de The Sexy Brutale réside dans sa direction artistique, chatoyante et colorée. L'ambiance feutrée du casino vient contraster avec le caractère plus baroque de quelques environnements et le cosy se mêle sans souci à l'opulence ou au lugubre. Graphiquement, le jeu demeure très propre et très agréable à regarder avec une belle palette de couleurs, aussi chaleureuses qu'oppressantes, un éclairage habile et des textures impeccables. Les décors fourmillent de détails jusqu'à nous détourner de notre objectif en attirant notre regard et présentent une grande variété telle que l'on ne s'ennuie jamais lors de notre visite, au point de nous pousser à la curiosité de découvrir de nouvelles zones. Si la modélisation des personnages s'avère elle aussi très réussie, on déplore malgré tout une certaine rigidité dans l'animation du protagoniste principal, incapable de courir, dont la faible vitesse de déplacement le rend mollasson et un brin irritant, d'autant plus dans ce contexte chronométré. En outre, on regrette la présence d'un aliasing particulièrement prononcé par endroit qui donne une impression dérangeante de mouvement à des décors pourtant bien fixes. Dommage. A noter, de surcroît, la présence d'un bug lors de l'interaction avec les portes qui ne s'ouvrent pas toujours immédiatement à la pression du bouton et qui demande de s'y reprendre au moins à deux fois.

Que dire également sur la bande-son calibrée renforçant toujours plus l'immersion dans cette enquête policière teintée d'humour, d'excès et de tragédies. Un piano tranquille qui restitue à merveille l'aspect feutré d'une salle de jeux, un orgue prophétique qui signale l'imminence d'un acte odieux prochainement perpétré, une clarinette et un saxophone entraînants retranscrivant le caractère festif de la soirée … l'OST navigue habilement entre des tonalités jazzy dynamiques et des mélodies plus macabres, lancinantes ou angoissantes pour parfois mêler les genres au sein d'un seul et unique thème. Les compositions évoluent en fonction de ce qu'il se passe à l'écran et dans les alentours, ce qui contribue à nous plonger toujours plus dans cette fiction. Sans oublier les rouages et cliquetis d'horloge qui viennent s'ajouter à certains morceaux. Un régal. Aucune fausse note à déplorer pour ce murder party vidéoludique qui mise tout (ou presque) sur l'ambiance.

 

Note : 4/5

Plaisir à jouer et à rejouer


Même pas peur ... non mais vraiment ... MEME PAS PEUR !
Mansion très bien

Ce qui nous régale dans la production de Tequila Works, c'est avant tout l'intelligence de sa construction et son concept maîtrisé de bout en bout, des qualités que l'on ne perçoit pas forcément au départ de l'aventure et qui se dévoilent à nous au fur et à mesure de la progression. Plus on s'enfonce dans le bâtiment, plus on réalise que son agencement et ce qui s'y déroule ont fait l'objet d'un soin particulier. Outre l'attention portée aux détails dans les environnements, qu'il s'agisse d'y apporter du crédit, du volume narrativement parlant ou de déclencher un sourire amusé, chaque événement anodin vient trouver un écho par la suite. Un simple tintement de cloche qui nous intrigue, un bris de verre tout aussi futile se révèlent être des indicateurs sonores d'une mort survenue brutalement. Des bruits qui se répètent au gré des journées et qui ne manquent pas de nous faire pester ou de nous divertir. « Ah tiens, c'est machin qui vient de claquer ça ... » se dit-on. Les éléments audibles deviennent ainsi des repères temporels capables de supplanter notre horloge visuelle. Bien joué. Évoquons également le plaisir que l'on éprouve à découvrir les dernières pièces du manoir où surviennent de mini-épiphanies intellectuellement jouissives car faisant appel à notre mémoire et notre capacité de déduction. Tout se met en place dans notre cerveau, le plus naturellement du monde.

La succession d'énigmes dispose elle aussi d'une grande richesse au point de ne jamais se répéter et de ne jamais lasser. Les puzzles se renouvellent sans cesse dans un vent de fraîcheur qui maintient notre attention. Chaque victime potentielle à sauver, à la personnalité et au design bien marqués, réside dans une annexe particulière de la maisonnée avec souvent son propre caractère, ce qui induit une nouvelle phase exploratoire, de déductions et une manière d'agir qui diffère grandement des précédentes tentatives. Si le modus operandi semble le même en apparence, la situation finale et le cheminement qui y amène proposent une variété ô combien plaisante dans une difficulté pas véritablement croissante mais juste changeante. L'ajout de pouvoirs par petites doses permet de visiter d'anciennes zones autrefois inaccessibles pour en dénicher quelques secrets, ce qui insuffle à la production un petit aspect Metroidvania pas déplaisant. Le tout vient s'imbriquer dans un scénario suffisamment tortueux pour se dévoiler progressivement sans être capillotracté pour autant avec la véritable sensation qu'une boucle a été bouclée à sa conclusion, plausible et efficace. On consomme, sans modération.

Rien ne va plus

Toutefois, on décèle des failles dans les rouages de cette horloge d'apparence bien huilée, et ce dès le début. A commencer par la simplicité des puzzles qui auraient gagné à afficher davantage de complexité. Naturellement, tout dépend de votre propension et inclinaison au genre. Un aficionado va sans doute moins se creuser les méninges qu'un néophyte, même si la réflexion demeure bien présente et que tout ne coule pas de source, attention. Mais après quelques essais, la solution se dessine un brin trop vite à nous quand la résolution ne vient pas, parfois, d'elle-même, par pur hasard ou presque. Le premier délit nous place face à un meurtrier qui évoque un plan B en cas d'échec de son action initiale. Dès lors, on imagine déjà devoir intervenir en deux temps. Erreur. Cela n'arrive jamais et cela est bien dommage. Quoi de mieux qu'une énigme à tiroirs demandant un brin d'investissement, de logique, de planification pour empêcher un méfait en plusieurs étapes. On peste car on ressent une possibilité de corser l'expérience sans tomber dans les casse-têtes farfelus ou alambiqués, juste en y ajoutant une couche de profondeur. Un constat d'autant plus triste que les assassinats de binômes d'invités portent le nombre d'enquêtes à sept et non dix.

Dans le même esprit, le jeu nous pousse à la prudence, au calcul des itinéraires, à nous cacher des dangers matérialisés par ces masques qui veulent phagocyter le nôtre s'ils se retrouvent dans la même pièce trop longtemps. Une supposée tension censée apporter une touche d'action aux phases d'investigation et qui plaît initialement. Seulement voilà : leur agressivité reste si basse que vous pouvez traverser la salle sans trop vous presser. Il est presque impossible de mourir à moins de rester immobile pendant plusieurs minutes. Dès lors, on esquive le péril les premières fois puis, lorsque l'on voit l'inefficacité confondante de ces ennemis, on ne prend même plus la peine de faire un détour. On rentre, on ressort … sans pression. On se contente alors de bougonner car leur présence nous empêche d'interagir temporairement avec les objets de l'environnement, nous obligeant à attendre derrière la porte en soupirant jusqu'à leur départ. C'est cette absence de défis spatio-temporels qui impacte directement et négativement la durée de vie d'un titre qui aurait pu paraître comme parfait.

 

Note : 5/5

Plaisir à faire les trophées, le Platine / 100%


Pensez à lui faire un petit coucou en fin de jeu, même après avoir obtenu le Platine. Cela vaut le coup.
Sang sur cent

La liste des trophées apparaît agréable à bien des égards. En effet, la plupart des récompenses, majoritairement dorées qui plus est, s'obtient de manière naturelle tandis que vous vous échinez à maintenir en vie les pensionnaires du manoir/casino. Il n'est donc pas nécessaire de fournir moult efforts et l'on profite allègrement de la sonorité salvatrice accompagnant la progression. Si les collectibles demandent un peu de recherche et d'exploration, qu'il s'agisse des invitations comme des cartes à jouer (respectivement neuf et cinquante-deux exemplaires), ils s'inscrivent dans le prolongement du jeu dans la mesure où ils étoffent le casting des personnages grâce à des portraits plus détaillés de même qu'ils offrent une description bien plus précise des lieux empreints de mystères. Davantage de contexte donc favorisant toujours plus l'immersion.

A côté des breloques spécifiques demandant de visiter des lieux déterminés, immanquables aussi bien grâce au scénario qu'au ramassage complet de tout objet qui traîne, demeure une coupe virtuelle qui nécessite d'utiliser une clé sur une porte prédéfinie à découvrir (et loin d'être cachée). Si vous prenez la peine de réaliser cette requête en dernier, après avoir tout obtenu, vous parvenez jusqu'à une nouvelle pièce, théâtre d'une petite surprise pour le moins plaisante sous forme de fin alternative. Au bout du compte, on traverse le jeu de fond en comble pour profiter de tout ce qu'il a à offrir sans rechigner et sans réaliser de cabrioles farfelues. Bref, le catalogue est complet et cohérent en tout point. Rien de superflu, aucune contrainte ne vient entraver la route vers le Platine qui se parcourt aussi aisément que rapidement et avec plaisir. Jackpot !

 

Note : 5/5

Contenu du jeu
Aspect technique du jeu
Plaisir à jouer et à rejouer
Plaisir à faire les trophées
16/20

Pénalisé par sa durée de vie trop courte et quelques soucis de finition aux entournures, The Sexy Brutale s'inscrit comme une réussite alliant énigmes variées savamment pensées et touche artistique savoureuse, le tout enrobé d'une bande-sonore dénuée de fausses notes. Ajoutez à cela une liste des trophées en parfaite harmonie avec la progression et vous obtenez un cocktail qui se sirote allongé tranquillement dans son canapé. Pari réussi, la maison remporte la mise.

Je recommande ce jeu :
À tous, Aux spécialistes du genre, Aux chasseurs de trophées/platine facile