Test : Bound


Bound
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Note des joueurs :
3.6/5 - 7 notes
Note des platineurs :
3.8/5 - 5 notes

Bound

ps4


27 trophées au total
12 trophées cachés

802 joueurs possèdent ce jeu

Platiné par : 15 joueurs (2 %)
100% par : 15 joueurs (2 %)
Note du jeu
13/20
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Test du jeu
Bound

  • Test rédigé par Troywarrior le 28-11-2017 - Modifié le 28-11-2017



Introduction


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"Éphémère, immortelle, versatile, la danse est le seul art qui, ne laissant aucun déchet sur la terre, hante certaines mémoires de souvenirs merveilleux." Jean Babilée (Danseur et chorégraphe 1923)



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Pour saisir Bound à sa juste valeur, il faut d'abord s'attarder quelque peu sur son essence : la Demoscene (sans accent !). Le but n'est pas bien sûr de vous influencer dans votre ressenti, mais aborder ce jeu sans en connaître l'univers dans lequel baignent ses créateurs entraînerait une appréciation faussée de celui-ci. Mais qu'est ce que la Demoscene ? Les professionnels de cet art peinent eux-mêmes à la définir. Il s'agit d'une branche très spécifique de l'infographie où le but du demomaker est de produire une oeuvre (demo) apportant l'harmonie parfaite entre le visuel, l'auditif et la programmation, tout cela avec un calcul de l'affichage en temps réel. En un mot, peu importe que le résultat n'ait pas un scénario béton ou l'aspect d'un jeu fini, il faut simplement que vous quittiez le programme avec l'impression d'avoir interagi avec une oeuvre d'art numérique. Il faut enfin savoir que cette discipline, créée initialement par les ancêtres des hackers (appelés Crackers), est devenue à partir des années 90 le fondement même de nos jeux-vidéos d'aujourd'hui.


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Vous êtes maintenant au fait de la substantifique moelle de Plastic, studio polonais développeur de Bound et Demomaker certifié depuis 1997. Il est certes fort peu probable que vous connaissiez ce studio, créateur du très particulier Datura. Il est cependant plus certain que le nom du coordonnateur du projet vous dise quelque chose, un certain Santa Monica Studio (bonjour Kratos). Le groupe Sony leur a en effet renouvelé sa confiance pour cette nouvelle aventure emprunte de poésie numérique et de magie visuelle. Découvrons ensemble ce jeu qui ne répond à aucun standard de l'industrie actuelle du jeu-vidéo, véritable OVNI de la PS4.


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Première des nombreuses singularités de Bound : son histoire. Vous chausserez les ballerines d'une princesse à la grâce séraphique, tentant de protéger son monde menacé par un monstre mystérieux. Issu du cerveau d'une enfant qui chercha désespérément à compenser l'abandon de son père, cet univers fantasmagorique enferme en réalité les traumatismes d'un cerveau jeune et prolifique. Vous devrez les affronter au fil de vos pérégrinations dans sa mémoire. Aujourd'hui femme portant en elle l'espoir d'un meilleur avenir, la créatrice de ce monde se dirige en effet vers une maison coloniale, en bord de mer. Cette destination sibylline semblant la tourmenter, elle préfère prendre son temps sur le rivage en feuilletant, page après page, son carnet d'enfance. C'est dans ce livre à dessin qu'elle a su, par l'art et l'imaginaire, enfermer ses démons passés. Vous devez maintenant l'aider à les exorciser et lui apporter enfin la paix de l'esprit avant qu'elle n'atteigne cette imposante et froide bâtisse.

Contenu du jeu


Un contenu basique, compensé par une histoire puissante
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Bound vous emmène dans un jeu de plateforme 3D totalement destructuré. Comme expliqué plus haut, le principe du jeu sera de parcourir six stages, tous relatifs à un souvenir traumatique infantile, que la protagoniste a enfermé dans un dessin particulier. Chacun d'eux possédera donc des obstacles relatifs à une de ses peurs particulières : celle des flammes, lui rappelant quand son petit frère s'est brûlé à la faveur de l’inattention de ses parents ; celle des avions en papier, la ramenant à ce jour où leur mère, dépressive, les avait violenté alors qu'ils jouaient simplement à s'en envoyer. Le but sera de traverser et surtout de survivre à ces véritables parcours du combattant afin d'atteindre la Peur et de la détruire. Vous pourrez aussi, de manière facultative, collecter la multitude de Fragments de souvenirs, disséminés dans chaque stage. Ces éclats mémoriels reconstitueront une mosaïque présente à la fin de chaque stage, qui vous permettra de revivre en fait le souvenir traumatique du niveau par l’intermédiaire d'un écran figé. Cette récolte est optionnelle puisque celui-ci sera disponible même si vous ne collectez aucun des Fragments.

Véritable Prima ballerina assoluta, la princesse n’avancera majoritairement que par des mouvements chorégraphiés. Vos déplacements et actions seront donc, pour la plupart, issus de la danse classique. Ils resteront cependant assez limités puisque que vous n'aurez comme interactions possibles que : la marche, la course, la roulade, le saut et pousser ça et là un bloc de granit. Comme nous le verrons par la suite, les stages sont éblouissants visuellement, mais ils restent extrêmement limités en terme de durée de jeu malheureusement.

Enfin, sachez que le jeu est compatible VR (le test ne se base cependant pas dessus). La seule différence avec le gameplay traditionnel est que votre joystick droit ne fait plus office de mouvement de caméra mais bien votre tête. Sachez quand même que malgré son extrême beauté, Bound reste un jeu graphiquement particulier, et que d'y jouer avec la VR pourrait causer quelques hauts-le-cœur au joueur.

Avec une durée de vie d'une heure environ (quête du platine mise à part) et son interface assez basique, Bound nous laisse malheureusement un goût de trop peu et ne remporte pour cette catégorie que le titre de Coryphée.

 

Note : 2/5

Aspect technique du jeu


Un univers, onirique, virtuel et splendide
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Paragraphe très complexe à noter. Comme nous l'avons vu précédemment, le studio Plastic est issu d'un courant qui n'est pas intéressé par les règles de l'art vidéo-ludique. C'est l'art seul qui est sa règle.Comme toute oeuvre qui se respecte, qu'elle soit visuelle ou auditive, elle n'est pas faite pour plaire à tous ni répondre à des normes. Elle ne doit que susciter une émotion chez le spectateur. Ainsi, au même titre que si nous discutions d'un tableau ou d'une symphonie, il est possible que votre avis diverge complètement du mien et nous aurions tous deux raison. Il s'agit là de notre sensibilité personnelle face à une création. Un point sur lequel nous pouvons tous être d'accord malgré tout, c'est que Bound est une production d'une rare originalité et qui peut difficilement être rangée dans une case. Cependant, nous pouvons au moins extraire trois grands aspects techniques et généralistes qui nous permettent une vision analytique globale du jeu :

Son gameplay, surprenant mais perfectible. Les mouvements et déplacements de danse classique sont totalement réussis et pour cause : c'est l'ukrainienne Maria Udod, danseuse professionnelle de ballet, qui a prêté sa grâce envoûtante au système de captation 3D du studio. Petite menée, Pas de basque, Temps de flèche, Jeté et Arabesque font partis de la quelque trentaine de mouvements enregistrés pour donner corps et vénusté à la royale protagoniste du jeu. L'effet est immédiat au bout de quelques minutes, manette en main. Épatant par le réalisme des mouvements mais aussi déconcertant de devoir se retrouver aux contrôles d'une danseuse aventurière. Seul point noir au tableau, on remarque assez rapidement les limites techniques de l'interface : bugs de collision et clippings notamment. Rappelons tout de même que le studio débute dans le jeu-vidéo à proprement parler et qu'il est donc aisé de lui pardonner ces quelques imperfections.

Ses graphismes, inaccoutumés et époustouflants. L'univers de Bound justifierait à lui seul un test entier, à la fois imaginaire et virtuel mais surtout d'une rare audace. On se retrouve dans un monde cubique, structuré et disloqué en même temps. Des couleurs chatoyantes viennent se confronter à la noirceur de ce qu'elles représentent, pendant que votre environnement se matérialise sous vos pas ou au contraire se déstructure à votre contact. Même si de prime abord, le jeu peut paraître visuellement incomplet ou bâclé, l'on se rend compte qu'il n'en est rien, même très loin de là. Les paysages, si l'on peut les nommer ainsi, sont travaillés et détaillés malgré cet effet de blocs. Au gré du passage d'une poutre, vous pourrez observer sous vos pieds une mer de milliers de cubes tout en admirant des effets de remous et de vagues d'une belle fluidité. Sur un autre stage, vous admirerez des milliers de petites perles roses virevoltantes dans une nuée synchronisée et menaçante. Tout en fait n'est que contradiction dans cet univers, à commencer par la grâce et la souplesse de la princesse, opposées à la quadrature omniprésente de son royaume. Le rendu final n'en est que plus incroyable à regarder et surtout à vivre.

Sa musique, envoûtante et adéquate. Qui dit danse classique dit forcément musique éponyme. Fidèle à son apostolat d'autrefois, le studio polonais respecte la triade de la Demoscene en nous proposant une bande son en parfaite harmonie avec le visuel. Chaque stage possède sa propre ambiance musicale, aux sonorités mixées de piano et de sons plus électroniques. L'alliance de ces éléments plonge le joueur toujours plus profondément dans l'immersion de ce tableau, animé et mélodieux. Question doublage, on ne pourra pas vraiment en juger puisque la langue de ce monde n'est constituée que de râles sonores, somme toute originaux et qui semble avoir été créés par une distorsion électronique de l'Anglais (on perçoit en effet quelques mots dans ces susurrations vocales). Les effets sonores sont quant à eux de bonne facture, notamment en ce qui concerne les sons originaux lors de la récolte des Fragments de souvenirs.

Une interface surprenante mais améliorable, un univers époustouflant et une musique harmonieuse font de Bound une oeuvre eurythmique et lui accordent, sur le plan technique, le rang de Premier danseur.

 

Note : 4/5

Plaisir à jouer et à rejouer


Une singularité de jeu bluffante au risque de ne pas plaire à tous
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Objectivement impossible à étalonner. Comme nous l'avons abordé, Bound s'est voulu sciemment hors du temps et hors des normes vidéo-ludiques communément admises. Ainsi, votre plaisir à jouer dépendra totalement de votre ressenti sur cet univers singulier. L'avantage est que vous saurez dès les cinq premières minutes de jeu si vous allez accrocher ou non au concept. Sachez cependant que Plastic a tout fait pour vous séduire, avec notamment les très beaux efforts graphiques et sonores vus plus haut. Le gameplay est quant à lui extrêmement simpliste donc rapide à prendre en main, permettant une immersion immédiate. Vous bénéficierez en plus d'une protection 'précipices' lors de votre première itération de l'histoire, vous permettant de profiter réellement de votre découverte du jeu sans trop vous soucier de la technique (pour l'instant...).

On pourra cependant reprocher un manque d'accompagnement de la part du jeu dans le didacticiel. Outre les mouvements basiques, explicités rapidement, tous les mouvements plus complexes restent inexpliqués au joueur. D'autant plus troublant quand on sait que ceux-ci, notamment la combinaison roulade/saut, sont capitaux à rapidement maîtriser, pour le Platine. Si vous n'avez pas le guide à disposition, vous pouvez donc enchaîner de nombreuses chutes sans comprendre pourquoi ça ne fonctionne pas, ce qui pénalise le plaisir du jeu, vous en conviendrez.

Outre ces quelques aspects entravants, le jeu en lui-même est un pur plaisir à explorer. Toujours en partant du principe que le concept ne vous rebute pas, chaque stage vous offrira un environnement nouveau, travaillé et, disons-le, particulièrement magnifique. Surtout lors de votre première partie, une certaine curiosité vous gagnera au fur et à mesure de votre avancée, avide de découvrir ce qui est arrivé à cette femme enceinte, marchant seule sur la plage. Quelle est cette maison qui semble à la fois l'attirer et la terroriser ? Et surtout, que s'est-il passé dans son enfance pour qu'elle en soit arrivée à trouver refuge dans un tel monde imaginaire ?

Dernier point extrêmement qualitatif du jeu : la grande maturité de son histoire, malgré une très courte durée. À l'art graphique et musical s'ajoutent donc une véritable poésie et une très belle métaphore sur le traitement d'une intrigue pas moins sérieuse. Cela renforce d'ailleurs cette déception de terminer le jeu si vite ce qui, avec son manque d'accompagnement, explique pourquoi Bound ne remporte que le titre de Sujet pour ce chapitre.

 

Note : 3/5

Plaisir à faire les trophées, le Platine / 100%


Un challenge dans la pure tradition technique
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Revenons un instant sur le début du test où nous parlions de la probabilité que peu de personnes doivent connaître le jeu, de nom. Il est néanmoins possible, en tant que chasseur de trophées, que vous ayez déjà entendu parler de l'extrême difficulté de celui-ci. En effet, la coupe azurée de Bound est, sans exagération, à placer au Panthéon des platines extrêmes. Pas dans les premiers, certes, mais dans le haut du panier, indubitablement. Certains des joueurs l'ayant platiné ne comprendront d'ailleurs peut-être pas la note attribuée dans ce test, tant cette chasse est usante et très souvent rageante. Ce choix de note sera développé et expliqué.

Tout d'abord, et pour ceux qui ne la connaissent pas encore, sachez que la liste des trophées de Bound est aux antipodes du jeu lui-même. Si le scénario n'apporte qu'une heure de temps, la chasse du Graal vous demandera, au moins, 15h à 20h de plus. Comme nous l'avons vu, Plastic ne s'est pas enfermé dans les normes de l'industrie vidéo-ludique en ce qui concerne la consistance de son jeu. Il en a fait de même sur le défi que représente sa complétude à 100%. Le studio polonais a tout misé sur le talent brut du joueur. Il faut en effet savoir que la majorité des trophées ne seront relatifs qu'à votre seule technicité et votre maîtrise parfaite de la manette. Chaque niveau devra être terminé en un temps particulier, si court qu'il vous demandera une rapidité d'exécution sans aucun droit à l'erreur. Soyez sûrs que ces speedruns mettront vos nerfs à très rude épreuve.

Pourtant, ces défis de vitesse, déjà extrêmes, sont loin d'être les plus techniques de la liste. Un deuxième challenge vous attend, et pas des moindres. Pour prétendre à la Délivrance (nom du platine) , vous allez devoir également terminer le jeu d'une traite, sans quitter la session, et également dans un délai donné : à savoir 50 minutes sans les Fragments de souvenirs, et une deuxième session en moins d'une heure et cinq minutes avec 100% desdits Fragments récoltés sur tous les stages.

Quand vous aurez fini ces étapes, la vraie difficulté commencera (si si...). Accrochez-vous bien car vous allez devoir maintenant terminer le jeu, toujours d'une traite, sans mourir une seule fois durant les 6 niveaux enchaînés, avec la protection contre les précipices désactivée (mais pourquoi est-il si méchant ?).

Pourquoi donc une note si élevée pour un platine aussi complexe ? Même si le plaisir n'est pas au rendez-vous pendant les tentatives répétées de remporter ces défis un par un (et c'est peu dire...), même si vos seuls sentiments durant cette chasse seront la frustration, la nervosité, le stress et parfois même la rage, il reste tout simplement ce qui fait que notre site existe : le challenge. Aucun bug n'est présent sur ces trophées, ce n'est donc que votre volonté, votre investissement et votre patience qui viendront à bout de ce Platine.

Même s'il peut paraître insurmontable à première vue, il n'en est rien, à condition d'y mettre du votre. Croyez-moi, il y avait bien longtemps que je n'avais pas éprouvé un tel challenge dans un jeu. Pour les plus anciens d'entre vous, cela vous rappellera l'époque de nos premières consoles où terminer le jeu était déjà un défi en soi. Certes nos consoles de 8e génération nous ont apporté beauté graphique et puissance d'interface, mais vous souvenez-vous du dernier jeu qui a représenté pour vous un vrai défi technique ? Si telle est votre attente, Bound saura y répondre.

Il faut cependant noter une certaine incohérence dans la globalité de la liste, certains trophées étant d'une simplicité frisant le ridicule. C'est à cause de ce petit détail que le jeu rate le titre d'Etoile pour cette catégorie et reste au rang de Premier danseur.

 

Note : 4/5

Contenu du jeu
Aspect technique du jeu
Plaisir à jouer et à rejouer
Plaisir à faire les trophées
13/20

Bound ne peut pas se définir comme un simple jeu-vidéo, c'est une véritable oeuvre d'art numérisée. Comme telle, elle peut plaire ou ne pas plaire mais elle suscite obligatoirement une réaction. Au même titre qu'un tableau ou une symphonie, il est complexe de le juger objectivement. Ce genre de production ne peut être estimée qu'avec sa propre sensibilité. Je ne peux donc que vous inviter à le découvrir par vous même et vous faire votre propre impression. Pour les chasseurs avides de challenge et de véritable défi, foncez sans hésiter. Bound vous propose, en plus de son art, l'un des platines les plus complexes et techniques à ajouter fièrement à votre collection. Plastic pose en tout cas sa demi-pointe dans l'univers du jeu-vidéo avec une belle mais perfectible réussite.

Je recommande ce jeu :
Aux acharnés, Aux curieux, Aux chasseurs de trophées/platine difficile